« Pour le restant de mes jours » ou le mythe du conte de fées en orientation

Par Marie-Noëlle De Sève, conseillère d’orientation chez BrissonLegris.

« On nous demande de choisir vers 16 et 17 ans de ce qu’on va faire pour le restant de nos jours! »

Il s’agit d’une formulation qui, lorsqu’entendue dans mon bureau, me fait tomber en bas de ma chaise ergonomique (très important!) de conseillère.  Quelle pression énorme à s’enlever des épaules, de grâce, le plus rapidement possible! Qui est ce fameux « on »?  La société, le système scolaire, les parents, les conseillers ou conseillères?

Étant au fait du développement vocationnel de l’adolescent et du jeune adulte, de la réalité actuelle du marché du travail ainsi que de l’apport du hasard, il est très peu probable, voire impossible, que les choses se déroulent exactement et précisément comme on l’a planifié. Alors, à quoi bon décider de tous les détails tout de suite ?

La formulation « pour le restant de mes jours » rappelle le fameux « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » du conte de fées. Demande-t-on à l’adolescente ou l’adolescent de 16-17 ans (ou même à l’adulte!) de choisir un ou une partenaire pour le restant de ses jours?  Certains pourraient même affirmer qu’il s’agit d’une conception désuète du couple que de jumeler deux protagonistes et d’aspirer à un parcours stable et tracé d’avance.  Il en va de même pour le match individu / carrière.

Alors, à quoi s’attend-on de nous en quatrième et cinquième secondaire, alors que des choix cruciaux sont déjà à faire?

Apprendre à se connaître, l’épopée d’une vie!

S’il y a une seule quête chevaleresque qui importe en orientation, c’est bien celle de la connaissance de soi.

Personnellement, j’aime considérer la connaissance de soi comme la quête d’une vie, puisque les morceaux de casse-tête se placent tranquillement, un par un, s’ajustent et se réajustent en fonction des essais, erreurs, expériences et apprentissages.  Je me suis trompé dans mon choix de programme? Merveilleux! Voici une superbe occasion d’apprendre! Qu’est-ce que cette expérience m’apprend sur moi et sur la réalité d’un secteur ? Qu’est-ce qui est en mon pouvoir, maintenant?

À l’adolescence, ce qui peut être pertinent est de réduire l’entonnoir des possibilités avec les informations dont on dispose pour l’instant.

Jouer avec les chiffres a toujours été facile et naturel pour moi!

Je n’aime aucune matière plus que les autres…mais dans tous les travaux d’équipe, je vais incarner le leader!

Je ne sais pas ce que j’aime, mais tout le monde me trouve drôle

Il s’agit ici de précieuses petites parcelles d’informations qu’il vaut la peine d’examiner plus en profondeur et qui s’accumuleront de plus en plus au fil des expériences.

Notons aussi que le cerveau, incluant le centre de prise de décision (cortex frontal), se développe jusqu’à l’âge de 25 ans environ, et que la personnalité se cristallise également autour du début de la vingtaine. Donc, à quoi bon vouloir tout régler tout de suite, sachant que certains éléments du développement sont hors de mon contrôle? Il est pertinent d’être sensible à la notion de développement vocationnel, c’est-à-dire où en est-on par rapport à des prises de décisions éclairées pour soi-même.  Les variables en jeu? La connaissance de soi-même (gros mandat!) et des options qui s’offrent à nous, donc, du monde dans lequel on évolue, ce qui s’actualise constamment.

Et si je n’avais pas de vocation précise?

Ah, la vocation… Un terme utilisé à toutes les sauces, notamment dans la sphère publique, surtout lorsque vient le temps de parler d’une profession de la relation d’aide, comme les soins infirmiers ou l’enseignement… Il peut être beaucoup moins embêtant ou angoissant de percevoir la vocation comme un penchant particulier pour un certain type d’activité, plutôt qu’un appel divin qui se présentera éventuellement dans un halo de lumière, avec des chants angéliques, et qui s’accomplira éternellement, sans broncher, peu importe les conditions… Sinon, certaines personnes risquent d’attendre longtemps ou de vivre un peu (beaucoup) d’amertume ! 

Moi-même, en tant que conseillère d’orientation, ne peux témoigner d’avoir une seule et unique vocation. Je peux toutefois affirmer être passionnée d’interactions humaines, de connaissances sur la personnalité et fascinée par les parcours de vie, ce dont mon travail m’entoure quotidiennement. Est-ce la seule fonction pouvant me combler à ce niveau? Probablement pas. Ai-je signé un pacte de sang avec ma profession qui m’empêche d’évoluer, d’ajouter des expertises, de changer de clientèle, ou d’explorer d’autres intérêts personnels? Absolument pas!

L’apport du hasard et du chaos

Même si l’on souhaitait prêter allégeance à une seule et unique profession pour le restant de nos jours, il y a possibilité que cette dernière ne veuille pas de nous à long terme. Le monde du travail évolue rapidement, les organisations se restructurent, les valeurs évoluent, les imprévus arrivent (on se souvient de 2020!) les missions s’adaptent… Le match qui semblait parfait au départ peut devenir suri, au fil des événements et apprentissages sur soi d’un côté comme de l’autre. Comme dans un couple!

Comment s’y retrouver? Il s’agit d’apprendre à prendre de bonnes décisions pour soi afin de naviguer dans ces eaux vives, parfois impétueuses. La clé? Toujours rester avide de connaissances sur soi-même et sur le monde qui nous entoure. Vivre des expériences, essayer des fonctions, se tromper, recommencer, essayer autre chose… tout cela fait partie du développement vocationnel, tant qu’on en tire des apprentissages.

En somme, laissons le « ils vécurent heureux éternellement » et « le restant de mes jours » aux contes de fées, c’est-à-dire, à la fiction.

Besoin d’aide pour débroussailler tout cela? Les conseillères et conseillers d’orientation sont là!