Suis-je « un cas d’arrêt de travail »?

Cette question bien précise a été entendue à maintes reprises dans les murs insonorisés de nos bureaux et des écrans qui nous lient à notre clientèle.

Si cette question peut sembler difficile à répondre pour certains, elle devient cruciale à l’étape du « rien ne va plus ». Est-ce que la question signifie qu’il est trop tard et que vous vous dirigez vers le repos forcé? Pas nécessairement. Cependant, se la poser tous les jours peut être le signal du « drapeau rouge » : il ne sert à rien de détourner le regard. Car tôt ou tard, « ce que tu fuis te suit ».

Prenons l’image d’une personne qui se dit heureuse et en harmonie avec son ou sa partenaire de vie : elle n’aura pas le réflexe de se poser la question « suis-je bien dans ma relation? » tout simplement parce que son besoin est comblé. À l’inverse, la personne qui se sent constamment heurtée et diminuée avec son ou sa partenaire pourrait se la poser tous les matins, avec souvent une réponse claire.

Revenons à notre question initiale « Suis-je un cas d’arrêt de travail? ». La personne qui se sent en parfaite santé et en capacité de faire son travail n’aura pas tendance à se demander si elle se sent apte et bien au travail, car elle est trop occupée à se concentrer sur l’atteinte de ses objectifs stimulants. Cela n’implique pas qu’elle sera « optimale » tous les jours ou qu’elle ne tardera pas à mener à bien ses projets par moment, mais plutôt qu’elle a globalement la force et un sentiment d’efficacité en vue de ses objectifs.

Lorsque la personne perd ses repères, ne « se reconnaît plus » et doute de ses capacités de travail, elle a tout intérêt à prendre conscience du message que son corps tente de lui transmettre. C’est seulement une fois les inconforts identifiés qu’elle pourra mettre en place des stratégies d’apaisement et de remise sur pied adaptées au contexte.

A-t-elle simplement besoin de repos, de vacances, de changer certaines habitudes liées au sommeil et à l’alimentation? Peut-être.

Toutefois, lorsque la fine – ou la grande ligne – qui sépare le « fonctionnel » du « non fonctionnel » est difficilement traçable, il faut se questionner sur les motifs entourant l’apparition de symptômes et du ralentissement de notre corps, notre tête ou encore, de nos aptitudes cognitives et sensorielles. Il est souvent opportun de consulter des spécialistes de la santé puisque l’enjeu pourrait être d’ordre médical. Il va de soi qu’une évaluation rigoureuse permettra la prescription des bons traitements, si nécessaire.

Si vous êtes en mesure d’identifier la source du problème et qu’elle n’est pas d’ordre médical, par exemple s’il s’agit d’un conflit avec une patronne ou un collègue, une surcharge de travail ou un deuil, une psychothérapie ou un coaching pourraient vous aider à changer votre perspective et vos comportements. Si vous avez pris conscience d’être profondément malheureux là où vous êtes, il est peut-être temps d’être honnête envers vous-mêmes et de déployer les efforts pour trouver un contexte plus favorable à votre émancipation. Tout est dans l’identification de ce qui vous gruge, la façon de freiner la dégradation ou encore de la stabiliser, voire l’améliorer lorsque possible.

Si un problème identifié est à moitié résolu, les ressources accessibles constituent de précieux alliés pour le résorber. Dans certains contextes, les conseillers et conseillères d’orientation peuvent vous accompagner pour vous aider à vous retrouver dans des fonctions professionnelles compatibles avec votre profil de personnalité, vos capacités et les besoins de votre réalité personnelle.

Il est également possible de consulter une ergothérapeute en santé mentale pour améliorer votre organisation du temps et vos capacités de concentration. Un nutritionniste pourrait vous aider à contrôler votre alimentation et une kinésiologue à reprendre la forme à l’aide d’un programme encadré.

Que vos enjeux soient d’ordre personnel, professionnel ou médical, votre corps a cette façon originale, parfois douloureuse de vous lancer des questions… À vous d’y porter attention, de vous entourer de bonnes ressources, de prendre les décisions qui s’imposent et de vous responsabiliser face à votre remise sur pied!

Par Mélanie Grégoire, M. Sc, RVP, co-propriétaire et conseillère en réintégration professionnelle